Médecine de précision, évolution des parcours de soins, nouvelles compétences : l’oncologie connaît de profondes transformations. Jérôme Mouminoux, directeur de la division Oncologie de Pfizer en France, décrypte comment ces changements redessinent les métiers du soin et de l’industrie du médicament, et appellent de nouvelles formes de collaboration au bénéfice des patients.
Longtemps, les soins en oncologie étaient concentrés à l’hôpital. Aujourd’hui, tout change avec la médecine de précision. L’innovation avance, les patients vivent plus longtemps, sont suivis autrement. Certains cancers métastatiques, de pronostic plus sombre que les cancers localisés, tendent aujourd’hui à se chroniciser. Les parcours de soins des patients se diversifient et se personnalisent. Ce qui relevait de l’urgence devient un accompagnement au long cours des patients.
Ce bouleversement scientifique a aussi des conséquences humaines et organisationnelles. Alors nous, acteurs de santé, on s’adapte. On casse les silos. On développe et renforce les liens entre l’hôpital, la ville, les associations de patients, les institutionnels, l’industrie. Parce qu’on a, tous, le même objectif : offrir aux patients des réponses à la hauteur de leurs besoins.
Chaque année, le nombre de personnes diagnostiquées d’un cancer progresse. Les parcours de soins s’adaptent face à la chronicisation de la maladie, et avec eux, de nouveaux métiers émergent. Les infirmières de pratique avancée (IPA), par exemple, jouent désormais un nouveau rôle clé sur le suivi médical des patients : elles se sont spécialisées à l’oncologie pour les accompagner, adapter les soins et les traitements, surveiller les effets secondaires en lien étroit avec les oncologues. Les pharmaciens hospitaliers labellisés OncoPharma, eux, deviennent des acteurs stratégiques du parcours oncologique, garants de la sécurité, de la qualité et de la personnalisation des traitements. Et puis il y a la médecine intégrative centrée sur le patient, la socio-oncologie, la psychologie, les spécialistes des soins de support non médicamenteux… autant de disciplines qui apportent un vrai soutien dans la vie quotidienne des patients atteints de cancer.
Ce nouvel équilibre, entre nouvelles approches et nouveaux métiers, c’est ce qui rend possible une oncologie innovante. Et ce mouvement touche aussi l’industrie du médicament. Les profils recherchés évoluent profondément. Nous recherchons désormais des talents dotés d’une vision transversale du parcours de soins dans un environnement en perpétuelle évolution : maîtrise des affaires publiques et des enjeux d’accès au marché, en particulier la composante médico-économique, analyse approfondie du parcours de soins (la prévention, le diagnostic, le traitement, etc.), développement, analyse et intégration des données en vie réelle des besoins des patients, connaissance des réalités du terrain et des enjeux organisationnels pour les établissements de santé…
Chez Pfizer, depuis plus de quatre ans, nous avons créé au sein de nos équipes oncologie des responsables Parcours de soins et Partenariats stratégiques, dirigés par Myriam Jabri. Ils travaillent main dans la main avec les acteurs de terrain (les professionnels de santé, les associations de patients et autres acteurs de santé) ; ils ont une compréhension fine des parcours de soin et de leurs points de rupture, pour coconstruire ou soutenir des projets sur le long terme, à l’instar de notre démarche Seinchrone qui propose aux femmes atteintes d’un cancer du sein métastatique une véritable logique de parcours structuré autour de leurs besoins.
« L’expérience du parcours patient devient une clef-de-voûte de l’accompagnement », explique Myriam. « Ce qui me motive au quotidien avec mes équipes, c’est de construire des ponts entre les innovations thérapeutiques, organisationnelles, technologiques ou sociétales, les besoins des patients et des professionnels de santé, et les réalités du terrain, pour que chaque patient se sente accompagné tout au long de son parcours. Parce qu’aujourd’hui, innover, c’est aussi savoir écouter, connecter, et penser autrement pour développer des projets à fort impact. »
Chaque année, 433 000 nouveaux cas de cancer sont diagnostiqués en France — deux fois plus qu’en 1990 — et cette tendance ne ralentira pas avec le vieillissement de la population. D’ici 2050, la moitié des traitements anticancéreux proposés seront pris sous une forme orale1, et une partie des soins se fera à domicile.
Les progrès thérapeutiques déplacent le curseur : immunothérapie et thérapies ciblées transforment certains cancers en maladies chroniques. Moins de séjours à l’hôpital au profit de l’hospitalisation à domicile, oui. Mais aussi plus de suivi, plus d’engagement pour les patients. Il faut donc repenser les parcours, renforcer le lien entre l’hôpital et la ville, et s’appuyer sur un réseau de professionnels de terrain. Des métiers en pleine évolution, encore trop peu visibles, qu’il faut aider à structurer et valoriser.
À cela s’ajoutent les effets de la métropolisation et de la périurbanisation, ainsi que les défis posés par la concentration des centres d’expertise et la désertification médicale. Pour garantir l’accès aux soins, la télémédecine joue un rôle essentiel et l’intelligence artificielle (IA) devrait également contribuer à la mise en œuvre d’actions ciblées. Cette transformation numérique et l’explosion des données de santé imposent de nouvelles pratiques, de nouvelles compétences, et de nouveaux outils à intégrer dans sa pratique.
Nous avons besoin de penser le soin comme un écosystème. L’innovation n’a d’avenir que si l’écosystème suit ! Il faut accompagner cette révolution. Et l’un des premiers chantiers, c’est la formation.
Les besoins ont changé, les métiers aussi, mais les formations, elles, doivent accompagner rapidement ces évolutions. Il faut ouvrir les portes. Croiser les mondes. Former les soignants au numérique, aux nouveaux outils pour faire le lien entre la technologie, le soin et la réalité du terrain. Confronter les profils de l’industrie du médicament à la réalité du terrain. Et donner aux pharmaciens, infirmiers, coordinateurs… une vraie vision du parcours, au-delà de la thérapeutique. Le patient, lui, cherche ce lien. Il en a besoin. C’est ce constat, partagé avec Loubna Diouri, infirmière de pratique avancée dans une interview-vidéo réalisée avec Jérôme Mouminoux sur LinkedIn, et qui guide notre programme EquIPAge. Elle soulignait l’importance de mettre en place des dispositifs qui répondent au besoin de formation continue des IPA après le master, tout en valorisant leur rôle, en assurant leur reconnaissance et en soutenant leur intégration au sein des organisations et des équipes.
Et pour l’industrie aussi, c’est un vrai tournant. On doit aller au-delà d’une expertise centrée sur une molécule ou une indication. L’objectif désormais : intégrer l’expérience du patient et des professionnels de santé dans le parcours global, au-delà de la simple prise du traitement.
Jérôme Mouminoux
Directeur de la division Oncologie de Pfizer en France